Évasion spectaculaire de 1.800 détenus au Nigeria

La ville d’Owerri, dans le Sud-Est du Nigeria, vivait mardi dans la peur de représailles, au lendemain de l’évasion de 1.800 détenus de la prison attaquée à l’explosif par des hommes armés.

Bien que les autorités aient appelé la population à « continuer à vaquer à ses occupations » et assuré contrôler la situation, les habitants d’Owerri craignent de sortir de chez eux.

« Les équipements de la police et de l’armée ont été entièrement détruits et vous me demandez s’il y a de l’appréhension » à propos de ce qu’il va se passer ensuite?, demande George Onyemuwa, un habitant.

« Les gens ont peur des représailles, donc moi je prends mon temps » avant de sortir de chez moi, explique-t-il, « nous ne savons pas qui est responsable de cette attaque, mais les autorités doivent agir ».

« Il y a beaucoup d’appréhension et pas seulement à Owerri, mais dans toutes les villes autour », raconte à l’AFP le journaliste local Damian Duruiheoma.

« Beaucoup ont peur que les détenus aillent se venger sur ceux qui les ont conduits en prison et les autres ont peur des représailles » des forces de sécurité contre la ville, poursuit-il.

Dans la nuit de dimanche à lundi, plus de 1.800 détenus se sont échappés de la prison d’Owerri, dans l’Etat d’Imo, au cours d’une attaque perpétrée par « des hommes armés » qui ont fait exploser la porte d’entrée et fait sortir les détenus.

La police nigériane a accusé directement le groupe indépendantiste biafrais IPOB (The Indigenous People of Biafra) d’être à l’origine de cette attaque mais celui-ci s’en est défendu par la voix de son porte-parole, qualifiant ces accusations de « mensongères » et « fallacieuses« .

Les tensions restent fortes entre les groupes sécessionistes biafrais – qui réclament un Etat indépendant dans le Sud-Est du Nigeria – et le pouvoir central nigérian, 50 ans après la terrible guerre civile du Biafra (1967-1970) qui a fait près d’un million de morts, en majorité issus de l’ethnie igbo.

L’IPOB affiche toujours des velléités séparatistes et a récemment publié des vidéos très impressionnantes d’une nouvelle milice, baptisée « Réseau sécuritaire de l’Est » (ESN), dans lesquelles on peut voir des dizaines, voire des centaines de combattants à l’entraînement.

Fin janvier, des violences avaient éclaté à Owerri entre l’armée et des communautés locales, faisant au moins un mort.

Le système judiciaire nigérian est particulièrement corrompu et lent, et plus de 70% des détenus n’ont jamais eu de procès. Des dizaines de milliers d’entre eux croupissent, oubliés, derrière les barreaux des prisons à travers le pays.

 

Avec AFP