{"id":28898,"date":"2024-08-15T13:13:33","date_gmt":"2024-08-15T13:13:33","guid":{"rendered":"https:\/\/conakrynews.org\/?p=28898"},"modified":"2024-08-15T13:13:33","modified_gmt":"2024-08-15T13:13:33","slug":"france-debarquement-de-provence-le-role-historique-des-tirailleurs-africains","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/conakrynews.org\/index.php\/france-debarquement-de-provence-le-role-historique-des-tirailleurs-africains\/","title":{"rendered":"France\/D\u00e9barquement de Provence: le r\u00f4le historique des tirailleurs africains"},"content":{"rendered":"<p>Ce 15 ao\u00fbt, la France comm\u00e9more le 80e anniversaire du d\u00e9barquement en Provence des forces alli\u00e9es, pr\u00e9lude \u00e0 la fin de l\u2019occupation allemande. L\u2019op\u00e9ration, connue sous le nom de \u00ab Anvil-Dragoon \u00bb, avait mobilis\u00e9 900 000 hommes au total dont 250 000 Fran\u00e7ais de l\u2019arm\u00e9e B, plac\u00e9e sous les ordres du g\u00e9n\u00e9ral Jean de Lattre de Tassigny. La moiti\u00e9 des troupes fran\u00e7aises \u00e9taient issues des anciennes colonies : tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais et alg\u00e9riens, goumiers et tabors marocains, pieds-noirs, marsouins du Pacifique et des Antilles. Ils ont largement contribu\u00e9 \u00e0 la r\u00e9ussite de cette op\u00e9ration et \u00e0 la lib\u00e9ration des grandes villes comme Marseille, Toulon ou Fr\u00e9jus. Retour sur l\u2019aventure de ces \u00ab Indig\u00e8nes \u00bb.<\/p>\n<p>C\u2019est en chantant \u00ab Nous sommes venus d\u2019Afrique pour lib\u00e9rer la France \u00bb qu\u2019ils ont d\u00e9barqu\u00e9 le 15 ao\u00fbt 1944 sur les plages de Provence. Ces soldats, estim\u00e9s entre 100 000 et 120 000, que la hi\u00e9rarchie militaire appelait \u00ab les indig\u00e8nes \u00bb, \u00e9taient originaires des colonies. Leur histoire remonte aux premiers temps de l\u2019\u00e9tablissement de l\u2019Empire fran\u00e7ais en Afrique.<\/p>\n<p>D\u00e9cret sign\u00e9 par Napol\u00e9on III<\/p>\n<p>D\u00e8s 1830 la France a commenc\u00e9 \u00e0 recruter des soldats dans ses colonies. Le d\u00e9cret cr\u00e9ant formellement \u00ab au S\u00e9n\u00e9gal un corps d\u2019infanterie indig\u00e8ne sous la d\u00e9nomination de tirailleurs s\u00e9n\u00e9galais \u00bb date du 21 juillet 1857. Il fut sign\u00e9 par Napol\u00e9on III. Ces soldats, qui venaient de toute l\u2019Afrique noire, \u00e9taient souvent des \u00ab volontaires forc\u00e9s \u00bb, d\u00e9sign\u00e9s par les chefs de villages qui se d\u00e9barrassaient ainsi des g\u00eaneurs de toute nature. Leurs effectifs n\u2019ont cess\u00e9 d\u2019augmenter : ils sont pass\u00e9s de 1 000 en 1867 \u00e0 15 000 hommes en 1913.<\/p>\n<p>La cr\u00e9ation d\u2019un corps de tirailleurs dits \u00ab s\u00e9n\u00e9galais \u00bb r\u00e9pondait initialement aux besoins d\u2019effectifs pour les guerres coloniales. L\u2019Empire colonial fran\u00e7ais n\u2019aurait peut-\u00eatre pas exist\u00e9 sans ces troupes noires qui ont particip\u00e9 \u00e0 toutes les op\u00e9rations de conqu\u00eate de territoires men\u00e9es par la R\u00e9publique tout au long du XIXe si\u00e8cle en Afrique et \u00e0 Madagascar. Elles ont remplac\u00e9 progressivement les soldats europ\u00e9ens de base qui r\u00e9sistaient mal aux conditions climatiques tropicales.<\/p>\n<p>Imagin\u00e9s au d\u00e9part comme des forces suppl\u00e9tives pour l\u2019entreprise de colonisation, ces militaires africains se sont rapidement retrouv\u00e9s sur les th\u00e9\u00e2tres d\u2019op\u00e9rations en Europe. Des troupes alg\u00e9riennes issues de la tribu kabyle des Zwava se sont notamment illustr\u00e9es \u00e0 Bazeilles, pendant la guerre franco-prussienne de 1870.<\/p>\n<p>La d\u00e9pendance croissante de la m\u00e9tropole \u00e0 l\u2019\u00e9gard des bataillons d\u2019Afrique n\u2019a pas toutefois conduit le gouvernement fran\u00e7ais \u00e0 inclure l\u2019Afrique dans l\u2019appel \u00e0 la mobilisation \u00e0 la veille de la guerre en 1914. Cela s\u2019explique par la pol\u00e9mique que suscitait la question \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Les partisans de la participation des troupes coloniales \u00e0 des guerres en Europe, comme le colonel Charles Mangin, auteur du livre \u00e0 succ\u00e8s La force noire (1910), croyaient que l\u2019Afrique \u00e9tait un formidable r\u00e9servoir de soldats pour la m\u00e9tropole. D\u2019autres allaient encore plus loin et justifiaient le recrutement des soldats noirs dans les guerres europ\u00e9ennes en arguant que l\u2019Afrique avait une dette de sang envers la France. \u00ab L\u2019Afrique nous a co\u00fbt\u00e9 des monceaux d\u2019or, des milliers de soldats et des flots de sang. Mais les hommes et le sang, elle doit nous les rendre avec usure \u00bb, affirmait le ministre des Colonies de l\u2019\u00e9poque Adolphe Massimy.<\/p>\n<p>Or ce camp favorable aux soldats coloniaux avait en face de lui des sp\u00e9cialistes militaires franchement sceptiques quant \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019emploi de ces troupes sur les fronts europ\u00e9ens. Mais ces r\u00e9serves furent balay\u00e9es par les \u00e9normes besoins en hommes de la guerre totale que fut la Premi\u00e8re Guerre mondiale. D\u00e8s 1916, une v\u00e9ritable chasse aux recrues fut mise en place pour combler les rangs vides. La direction des territoires coloniaux fit pression sur les chefs de village, organisant de v\u00e9ritables rafles. Des r\u00e9voltes \u00e9clat\u00e8rent ici et l\u00e0. La France de Cl\u00e9menceau changea de tactiques et envoya le S\u00e9n\u00e9galais Blaise Diagneen 1917 pour persuader la jeunesse de l\u2019Afrique noire \u00e0 s\u2019enr\u00f4ler massivement pour sauver \u00ab la m\u00e8re-patrie en danger \u00bb. De nombreux Africains sont morts sur les champs de bataille de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Les historiens parlent de 72 000 combattants de l\u2019ex-Empire fran\u00e7ais morts entre 1914 et 1918. Sur les 8 millions de soldats mobilis\u00e9s pour ce conflit, la mobilisation des troupes coloniales fran\u00e7aises aurait concern\u00e9 180 000 personnes.<\/p>\n<p>De nombreux Africains sont morts sur les champs de bataille de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Les historiens parlent de 72 000 combattants de l\u2019ex-Empire fran\u00e7ais morts entre 1914 et 1918. Sur les 8 millions de soldats mobilis\u00e9s pour ce conflit, la mobilisation des troupes coloniales fran\u00e7aises aurait concern\u00e9 180 000 personnes.<\/p>\n<p>La Seconde Guerre mondiale<\/p>\n<p>La conscription devint obligatoire dans les colonies d\u00e8s 1919. Le gouvernement fran\u00e7ais appela l\u2019Afrique \u00e0 la rescousse d\u00e8s l\u2019imminence d\u2019une nouvelle guerre avec l\u2019Allemagne. Les effectifs des contingents africains (Alg\u00e9riens, Marocains, Tunisiens, Malgaches et tirailleurs africains confondus) qui ont combattu aux c\u00f4t\u00e9s des Fran\u00e7ais pendant la Seconde Guerre mondiale s\u2019\u00e9l\u00e8vent \u00e0 pr\u00e8s de 300 000 hommes en 1939-1945. Au cours de la d\u00e9cisive bataille de France, en mai et juin 1940, 10 000 soldats noirs furent tu\u00e9s et 7 500 sur 11 000 moururent dans les camps de prisonniers de guerre. Beaucoup de ces prisonniers africains, grad\u00e9s et simples soldats, \u00e9taient sommairement ex\u00e9cut\u00e9s par les Allemands, ces derniers les consid\u00e9rant comme des sous-hommes. Malgr\u00e9 les rigueurs climatiques, les maladies et l\u2019attitude des \u00e9tats-majors qui les assignaient syst\u00e9matiquement \u00e0 des corv\u00e9es subalternes, ces troupes issues des colonies se sont illustr\u00e9es dans la campagne d\u2019Italie en mai 1944 et ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9cisif dans la lib\u00e9ration de la m\u00e9tropole en 1944-45.<\/p>\n<p>Mais d\u00e8s l\u2019automne 1944, alors que la France est progressivement lib\u00e9r\u00e9e, les tirailleurs coloniaux de la 1\u00e8re arm\u00e9e (nom qu\u2019avait pris entre temps l\u2019arm\u00e9e \u00ab B \u00bb du g\u00e9n\u00e9ral de Lattre de Tassigny) sont d\u00e9mobilis\u00e9s. Dans ses m\u00e9moires de guerre, le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle invoque la n\u00e9cessit\u00e9 de ce \u00ab blanchiment de forces fran\u00e7aises \u00bb combattantes au motif que les tirailleurs, ext\u00e9nu\u00e9s par plusieurs ann\u00e9es de combats subissent une crise du moral et ne soient pas en mesure de r\u00e9sister au froid dans les Vosges.<\/p>\n<p>Nombre de tirailleurs v\u00e9curent mal cette d\u00e9cision unilat\u00e9rale. Le 30 novembre 1944, plus d\u2019un millier de ces soldats, d\u00e9mobilis\u00e9s et regroup\u00e9s dans le camp de Thiaroye pr\u00e8s de Dakar, se r\u00e9volt\u00e8rent pour r\u00e9clamer le paiement de leurs arri\u00e9r\u00e9s de soldes et de leurs primes de d\u00e9mobilisation. La mutinerie fut violemment r\u00e9prim\u00e9e, faisant 35 morts et de nombreux bless\u00e9s parmi les anciens tirailleurs. Les \u00e9v\u00e9nements du camp de Thiaroye ont longtemps repr\u00e9sent\u00e9 pour les Africains l\u2019exemple m\u00eame de l\u2019injustice coloniale et de l\u2019ingratitude de la m\u00e9tropole envers les soldats indig\u00e8nes qui avaient pourtant donn\u00e9 le meilleur d\u2019eux-m\u00eames pour sa lib\u00e9ration.<\/p>\n<p>Cristallisation<\/p>\n<p>La d\u00e9ception de ces soldats s\u2019est creus\u00e9e un peu plus lorsque le Parlement fran\u00e7ais a adopt\u00e9 en 1959 le d\u00e9cret dit de \u00ab cristallisation \u00bb bloquant le montant des pensions, retraites et allocations pay\u00e9es par l\u2019Etat fran\u00e7ais aux anciens combattants et fonctionnaires issus des colonies. Il faudra attendre la sortie du film Indig\u00e8nes (2006) de Rachid Bouchareb qui revient avec justesse et rigueur sur les sacrifices des anciens tirailleurs, pour que les l\u00e9gislateurs fran\u00e7ais d\u00e9cident en 2007 la d\u00e9cristallisation compl\u00e8te des pensions des anciens tirailleurs.<\/p>\n<p>C\u2019est sous la pr\u00e9sidence Chirac que les pensions des anciens tirailleurs ont \u00e9t\u00e9 revaloris\u00e9es pour que ces derniers per\u00e7oivent la m\u00eame somme que les soldats fran\u00e7ais engag\u00e9s dans la guerre. Cela a repr\u00e9sent\u00e9 un effort financier majeur, m\u00eame si la majorit\u00e9 des tirailleurs \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 morts.<\/p>\n<p>Or, la reconnaissance par l\u2019Etat fran\u00e7ais du sacrifice des tirailleurs africains n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 que p\u00e9cuniaire, comme l\u2019illustre l\u2019inauguration par le pr\u00e9sident Macron, en 2018, du Monument aux h\u00e9ros de l\u2019Arm\u00e9e noire de Reims qui avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9truit par l\u2019arm\u00e9e allemande en 1940. L\u2019inauguration simultan\u00e9e de deux copies de ce monument, l\u2019une \u00e0 Bamako et l\u2019autre \u00e0 Reims, permit de consolider les liens entre la France et l\u2019Afrique. C\u2019est le lien du \u00ab sang vers\u00e9 \u00bb, comme l\u2019a rappel\u00e9 le pr\u00e9sident fran\u00e7ais dans son discours prononc\u00e9 \u00e0 cette occasion : \u00ab La France a une part d\u2019Afrique en elle et sur ce sol de Provence, cette part fut celle du sang vers\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Avec RFI<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce 15 ao\u00fbt, la France comm\u00e9more le 80e anniversaire du d\u00e9barquement en Provence des forces alli\u00e9es, pr\u00e9lude \u00e0 la fin de l\u2019occupation allemande. L\u2019op\u00e9ration, connue sous le nom de \u00ab Anvil-Dragoon \u00bb, avait mobilis\u00e9 900 000 hommes au total dont 250 000 Fran\u00e7ais de l\u2019arm\u00e9e B, plac\u00e9e sous les ordres du g\u00e9n\u00e9ral Jean de Lattre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":28899,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[58],"tags":[],"class_list":{"0":"post-28898","1":"post","2":"type-post","3":"status-publish","4":"format-standard","5":"has-post-thumbnail","7":"category-societe"},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/conakrynews.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28898","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/conakrynews.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/conakrynews.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/conakrynews.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/conakrynews.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=28898"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/conakrynews.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28898\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/conakrynews.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/28899"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/conakrynews.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=28898"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/conakrynews.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=28898"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/conakrynews.org\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=28898"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}