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Propos recueillis par Bruno FANUCCHI pour AfricaPresse.Paris (APP)
@africa_presse
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APP – Monsieur le Premier ministre, selon vous, qu’est ce que la Francophonie et quels devraient être ses principaux atouts ?
Dacian CIOLOS – Pour moi, la Francophonie est une communauté humaine et politique unique, un espace de valeurs communes et de langue partagée qui doit, et notamment peut, devenir davantage un espace d’opportunités partagées.
La diversité géographique et culturelle, la complémentarité des ressources appartenant aux États et aux régions qui en font partie, et le potentiel économique représenté par l’ensemble des pays membres ainsi que l’étendue du réseau institutionnel francophone de ce réseau – voilà les atouts de la communauté francophone et ses ressources pour le développement économique, social et culturel.
APP – Et la langue française fait bien sûr partie de ces atouts…
Dacian CIOLOS – La langue française est un lien fort, mais elle ne peut plus être la seule finalité de la communauté francophone. Elle permet de faire circuler des idées, des compétences, des œuvres, des étudiants, des entrepreneurs et des investissements.
Mais nos communautés ont besoin qu’elle offre encore plus : des opportunités pour une vie meilleure et de la confiance pour l’avenir. La Francophonie a un potentiel exceptionnel grâce aussi à sa jeunesse et à sa démographie, donc on doit repenser la manière dont on utilise la langue française pour créer des opportunités pour les jeunes. C’est pourquoi, par exemple, je propose de relier l’éducation en français au marché du travail et à l’entrepreneuriat. C’est par ce genre d’approches stratégiques que l’on passe d’une francophonie d’appartenance à une francophonie d’opportunités.
APP – À trois mois de l’élection d’un nouveau Secrétaire général de l’OIF lors du Sommet de Phnom Penh, prévu les 14 et 15 novembre au Cambodge, où en est votre campagne pour prendre la tête de cette organisation internationale ?
Dacian CIOLOS – Dans la première partie de la campagne, j’ai surtout voulu écouter les différents acteurs de la Francophonie. Pour animer, rassembler et représenter une communauté aussi complexe, il est vital d’être à l’écoute des représentants des États et des gouvernements, des opérateurs, des entrepreneurs, des universitaires, de la société civile et du réseau institutionnel, quant à leur perspective sur l’état des lieux et l’avenir de la Francophonie. Je l’ai fait en Afrique, en Asie, aux Amériques – Canada, au Québec, au Nouveau-Brunswick, en Europe, mais j’ai aussi discuté avec les représentants des Petits États Insulaires. Car chaque voix compte dans la Francophonie. Ces entretiens ont tous contribué à ma vision de la Francophonie en 2030.
Ensuite, les auditions des candidats devant le CMF ont été un point tournant. Elles ont permis aux États de comparer non seulement des personnalités avec leurs parcours et expérience, mais aussi leurs visions de la Francophonie.
La campagne est maintenant dans une seconde phase, de dialogue direct avec des États membres, à la recherche d’une convergence suffisamment large pour rassembler. Je propose une candidature de rassemblement, capable de créer des ponts entre les continents, mais aussi entre les différentes sensibilités politiques au sein de notre espace.

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« L’Afrique est au cœur
de la Francophonie »
APP – Pour ce poste prestigieux, vous êtes curieusement opposé à trois femmes, toutes trois africaines… Comment expliquez-vous cette originalité ?
Dacian CIOLOS – Je le perçois moins comme une curiosité que comme l’effet de la diversité et de la démocratie au sein de notre communauté. Cette position a été occupée au fil du temps par des hommes et des femmes dans des proportions assez équilibrées. Actuellement, nous sommes quatre personnalités qui proposons chacune notre propre vision de l’avenir de la Francophonie.
Et je trouve plutôt positif qu’une organisation internationale suscite autant de candidatures fortes. C’est une preuve de l’attrait et de l’importance que notre organisation représente pour ses membres. C’est aussi une invitation au débat. Le choix devrait porter sur le projet, la capacité de rassembler et de transformer l’organisation en l’adaptant aux nouveaux défis.
APP – Même si quelque 22 pays africains en font partie, pourquoi l’OIF devrait-elle être toujours gouvernée par un Africain ou une Africaine ? N’est-ce pas le tour d’un Européen ?
Dacian CIOLOS – Cette discussion sur le pays d’origine d’un candidat suggère un manque de confiance a priori. C’est comme si seul un candidat d’Afrique pouvait comprendre l’importance que revêt ce continent pour la Francophonie, ou construire des solutions pour l’Afrique. C’est une prémisse fausse et pernicieuse et j’ambitionne de prouver le contraire si je suis élu Secrétaire général. C’est pourquoi je souligne que, dans ma vision et mon programme, l’Afrique est au cœur de la Francophonie. Mais l’approche régionale de la Francophonie ne nous aide pas.
Nous avons besoin d’une stratégie de croissance qui reflète une vision globale et mobilise tous les acteurs francophones de cinq continents. Nous avons besoin d’un multilatéralisme éclairé : impliquer tous les États et gouvernements membres, en tant que partenaires égaux, et coordonner l’ensemble du réseau francophone, afin que la Francophonie devienne plus utile. La culture francophone dans laquelle je me suis formé en Roumanie m’a doté d’instruments pour construire un tel multilatéralisme. La Roumanie a eu, au cours de l’histoire, des relations de partenariat d’égal à égal avec les pays d’Afrique, d’Asie et d’Europe.
APP – Vous étiez en juillet à Yaoundé, au Cameroun, pour la réunion de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie. Quelles seront vos prochaines étapes sur le Continent ?
Dacian CIOLOS – Au-delà de Yaoundé, où j’ai eu des contacts avec les représentants de haut niveau, aussi bien du Cameroun, que de plusieurs États africains, je suis déjà allé dans d’autres capitales sur le continent. J’ai eu des visites et des contacts exceptionnels en Égypte, au Maroc, au Sénégal. J’ai aussi eu des entretiens de substance avec les représentants de l’Union africaine. Nous préparons actuellement d’autres visites en Afrique centrale, au nord et à l’ouest. Je souhaite poursuivre le dialogue avec les responsables politiques, mais aussi avec des jeunes, des entrepreneurs, des acteurs culturels.

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« La langue française doit être pleinement
présente dans les technologies de demain »
APP – Si vous étiez élu en novembre prochain, quelles seraient précisément vos toutes premières priorités ?
Dacian CIOLOS – Je commencerais par le moteur de la relance : une nouvelle gouvernance améliorée, fondée sur la redevabilité et la transparence. C’est le premier pas pour rendre l’OIF plus efficace, plus utile et plus crédible.
Ensuite, le Secrétaire général doit animer la communauté, plutôt que de centraliser la décision au sein du cabinet. Ma vision est de décentraliser l’OIF. Même les Représentants régionaux de l’OIF ne devraient pas agir comme de simples représentants personnels du Secrétaire général, mais plutôt être présents dans les régions pour soutenir les États et gouvernements membres et faire avancer la coopération régionale.
Puis je veux engager une approche cohérente de l’action francophone, basée sur la coordination entre tous les acteurs de la Francophonie – l’OIF, l’APF, les opérateurs, les conférences ministérielles permanentes ainsi que les réseaux institutionnels et la société civile.
APP – Comment financer tous ces projets ?
Dacian CIOLOS – Il faut moderniser notre approche et rechercher des ressources auprès des grands acteurs internationaux, tels que l’Union européenne, les banques de financement et les fonds privés, pour des projets de développement. On doit prioriser la Francophonie économique afin d’accroître les bénéfices pour nos populations, en partant de ce qui fonctionne déjà et des attentes des États et gouvernements membres.
La jeunesse et l’autonomisation des femmes restent des priorités transversales : développer les compétences qui créent des opportunités, notamment dans les secteurs d’avenir, tels que la numérisation et l’IA. La langue française doit être pleinement présente dans les technologies de demain.

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APP – On parle depuis longtemps de « Francophonie économique », mais l’on n’en voit que rarement les résultats concrets… comment l’expliquez-vous ?
Dacian CIOLOS – Parce que nous avons trop souvent confondu la coopération économique et la diplomatie économique. On organise des rencontres, des forums, des missions. Ils sont utiles mais insuffisants. Nous devons prioriser les transactions et les projets. La Francophonie économique commencera à exister véritablement lorsque nous pourrons mesurer également le nombre d’entreprises mises en relation, le résultat des contacts, les investissements déclenchés, les jeunes formés et ayant un emploi à la sortie, ainsi que le nombre de domaines d’action. L’agriculture durable, la numérisation, l’IA, les énergies renouvelables, l’entrepreneuriat – ce sont quelques domaines que je considère essentiels pour la Francophonie.
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« La Francophonie a changé ma vie,
je veux lui offrir en retour mon expérience »
APP – Comme la Rwandaise Louise Mushikiwabo espère un troisième mandat de quatre ans, quel bilan feriez-vous de ses huit années passées à la tête de l’OIF ?
Dacian CIOLOS – Ce n’est pas à moi de faire le bilan de la Secrétaire générale actuelle, mais aux États et aux gouvernements membres. Je concentre mon attention sur la manière de passer à l’étape suivante, ainsi que sur la manière dont le rôle du Secrétaire général doit s’adapter au nouveau contexte et aux attentes des États, des gouvernements, des opérateurs et de la société civile.
Nous avons une communauté unique et vivante. Je pense qu’elle doit être mieux écoutée. L’écoute, c’est le fil rouge de ma campagne et, si je suis élu Secrétaire général, elle le sera aussi pendant mon mandat. Car le rôle du Secrétaire général est d’incarner la Francophonie. Peut-on incarner la Francophonie si l’on n’essaie que d’imposer son point de vue ?
APP – Qu’est-ce qui vous a décidé à vous présenter contre elle ?
Dacian CIOLOS – Ma candidature vise une vision et un projet de la Francophonie, auxquels je crois profondément. La Francophonie a changé ma vie pour le mieux. Aujourd’hui, j’ai envie de lui apporter, à mon tour, ce que mon expérience m’a appris. Je me suis demandé : « Pourquoi un jeune d’Afrique, d’Asie ou d’Europe choisira-t-il encore le français ? » Il le choisira s’il lui ouvre des opportunités. Je veux que nous tous construisions ensemble cette Francophonie qui offre des opportunités.
Ma candidature est donc un choix de valeurs et de volonté de construire à partir d’une vision partagée, et non une confrontation personnelle. C’est cet esprit que je souhaite promouvoir au sein de la Francophonie.
APP – Comment la Francophonie, qui fut une belle idée mais qui dispose de bien peu de moyens, peut-elle retrouver une influence sur la scène internationale ?
Dacian CIOLOS – L’influence ne dépend pas seulement de la taille du budget, même si les moyens déterminent le niveau d’ambition. Elle dépend surtout de notre capacité à fédérer. Nous devons concentrer notre action là où la Francophonie apporte une véritable valeur ajoutée et nous assurer que chaque ressource est utilisée de manière efficace, transparente et responsable.
Une Francophonie crédible, redevable et stratégique peut nouer des partenariats avec des bailleurs internationaux.
Ensuite, c’est le multilatéralisme éclairé que je propose. Dans un monde qui se fragmente, la Francophonie peut être un espace qui relie. Un multilatéralisme qui ne se limite pas aux relations entre États, mais anime et inclut tous les acteurs de la Francophonie – opérateurs, universités, société civile, affaires, communautés – dans des projets d’intérêt commun. C’est ainsi que la Francophonie pourra renforcer son influence et, surtout, son utilité.
Siurce:Africapresse.paris







