Un chercheur camerounais appelle à renouveler la littérature jeunesse en Allemagne afin de dépasser les stéréotypes coloniaux sur l’Afrique et mieux refléter la diversité des réalités du continent.

Les livres pour enfants en Allemagne continuent de véhiculer une image stéréotypée de l’Afrique, héritée de l’époque coloniale, estime le germaniste et chercheur camerounais en littérature Bertin Nyemb, qui appelle à développer des récits reflétant davantage la diversité et les réalités contemporaines du continent.Professeur invité ce semestre à la Haute école pédagogique de Karlsruhe (PHKA), dans le sud-ouest de l’Allemagne, dans le cadre d’une bourse du Service allemand d’échanges universitaires (DAAD), le germaniste entend sensibiliser les futurs enseignants à l’impact de ces représentations sur les jeunes lecteurs. 

« Un livre pour enfants n’est pas seulement une histoire, c’est aussi un vecteur de discours », explique-t-il dans un entretien accordé à un média allemand.

Selon lui, de nombreux ouvrages continuent de décrire l’Afrique comme un espace uniforme, pauvre et sous-développé, peuplé d’enfants affamés vivant dans des huttes et confrontés au manque d’eau ou aux coupures d’électricité. Dans ces récits, les personnages occidentaux sont souvent présentés comme des « sauveurs ».

Des clichés déconnectés des réalités urbaines africaines

Le chercheur cite notamment l’exemple d’un livre dans lequel un jeune Africain découvre un escalator pour la première fois à son arrivée en Europe. « Les enfants des grandes villes africaines connaissent les escalators », rappelle-t-il, soulignant la diversité des réalités sociales du continent, entre zones rurales et métropoles modernes.

Certaines familles africaines vivent ainsi « dans des villas » et conduisent leurs enfants à l’école en voiture, souligne-t-il, appelant à une représentation plus fidèle de cette pluralité.

Bertin Nyemb plaide pour une littérature jeunesse permettant aux personnages africains de raconter eux-mêmes leur quotidien et leur vision du monde. Il appelle également les auteurs et les éditeurs à se détacher des termes et des références issus du vocabulaire colonial. Il cite le personnage d’« Oma Afrika » (« Mamie Afrique »), un nom qu’il juge « irritant » et révélateur, selon lui, d’un héritage colonial dans la manière de représenter le continent.

Un débat plus large sur l’héritage colonial allemand

Le chercheur a donné, fin juillet, une conférence publique à la PHKA intitulée « Récits africains subsahariens dans la littérature enfantine à la lumière des théories postcoloniales ».

L’Allemagne a renforcé, ces dernières années, le débat sur son héritage colonial, notamment autour de la restitution d’objets culturels, de la mémoire du génocide des Herero et des Nama en Namibie, ainsi que de la représentation des personnes africaines dans les institutions culturelles et les manuels scolaires.

Ces discussions se sont également étendues au domaine de la littérature jeunesse, plusieurs éditeurs ayant révisé ou retiré des ouvrages critiqués pour leurs stéréotypes raciaux ou coloniaux. Chercheurs et enseignants plaident désormais pour des récits plus inclusifs, à l’image de la diversité des sociétés africaines contemporaines.

 

Avec dpa-news