L’Association Guinéenne des Éditeurs de la Presse Indépendante (AGEPI) a tourné une page importante de son histoire ce vendredi 16 janvier, à l’occasion du congrès électif ayant conduit au renouvellement de son bureau exécutif. La cérémonie s’est tenue à la Maison de la Presse de Guinée, à la Minière, dans la commune de Dixinn, un lieu hautement symbolique pour la liberté d’expression et le combat pour une presse professionnelle en Guinée.
Placée sous le signe de la transparence et de la légalité, la rencontre s’est déroulée en présence d’un représentant de la Haute Autorité de la Communication (HAC), du Directeur de la Maison de la Presse, de nombreux journalistes issus d’autres associations professionnelles, ainsi que d’un huissier de justice, chargé de superviser le processus électoral. Une configuration qui traduit la volonté des organisateurs de garantir la crédibilité de l’élection, dans un environnement médiatique fragilisé par les crises économiques et institutionnelles.

Si l’objectif officiel du congrès était l’élection d’un nouveau bureau exécutif, l’événement a rapidement pris une dimension plus profonde. Avant l’ouverture du scrutin, la parole a été donnée à la présidente sortante, Madame Aminata Camara, dont l’intervention a marqué les esprits.
Refusant de briguer un second mandat, malgré les sollicitations de certains membres, elle a préféré s’inscrire dans une logique de transmission et de responsabilité, estimant avoir accompli sa part du chemin. Un choix perçu par de nombreux éditeurs comme un acte de maturité démocratique, dans un milieu où la personnalisation du pouvoir reste souvent un sujet de débat.

<<En prenant la parole aujourd’hui, je ressens une profonde émotion. Émotion parce que ce moment marque la fin d’un mandat de trois années intenses. Émotion parce qu’il s’agit, pour moi, bien plus qu’un simple bilan administratif : c’est un chapitre important de mon engagement personnel pour la presse indépendante guinéenne qui se referme. Lorsque j’ai accepté la responsabilité de présider l’AGEPI en 2022, je savais que la tâche serait difficile. Mais je n’imaginais pas à quel point le chemin serait semé d’épreuves. À notre prise de fonction, l’AGEPI traversait une crise profonde : crise de confiance, fragilité organisationnelle, divisions internes, absence de moyens financiers solides. Certains doutaient même de la capacité de l’association à survivre.>>
Face à ces défis, Aminata Camara revendique un positionnement clair : tenir, coûte que coûte. Une posture qui a structuré l’ensemble de son mandat et qui s’inscrit dans une vision presque militante de la gouvernance associative.

<<Dans ces moments-là, il aurait été facile de renoncer. Mais renoncer aurait été trahir l’histoire de l’AGEPI, trahir les sacrifices de celles et ceux qui ont bâti cette organisation, trahir l’idéal d’une presse indépendante, libre et responsable. J’ai donc choisi de tenir. De tenir malgré les incompréhensions. De tenir malgré les critiques. De tenir parfois dans la solitude, mais toujours avec la conviction que l’AGEPI méritait d’être sauvée.>>
Cette détermination a permis de maintenir l’association en activité, malgré des conditions parfois proches de l’asphyxie institutionnelle.
Maintenir l’essentiel : former, rassembler, résister.
Consciente des limites imposées par les moyens financiers, la présidente sortante a fait le choix stratégique de prioriser l’essentiel : la formation des éditeurs, le renforcement des capacités professionnelles et la solidarité entre acteurs de la presse indépendante.
<<Durant ces trois années, nous n’avons peut-être pas tout réussi, mais nous n’avons jamais cessé d’agir. Avec des moyens limités, mais avec de la volonté, nous avons maintenu l’essentiel : la formation, le renforcement des capacités, la solidarité professionnelle. Voir des éditeurs continuer à se former, à échanger, à se relever malgré la crise économique des médias, a été pour moi une source de motivation et de fierté.>>
Chaque atelier organisé, chaque partenariat sauvegardé, chaque activité tenue est présenté comme un acte de résistance face au découragement ambiant.
Sujet sensible au sein de toute organisation, la gestion financière de l’AGEPI a été abordée avec une transparence assumée. Aminata Camara a reconnu l’impact négatif des divisions internes sur les cotisations et la capacité de l’association à fonctionner normalement, notamment en ce qui concerne le maintien d’un siège opérationnel.

<<Je n’ai jamais voulu embellir la réalité. La division interne a lourdement affecté les finances de l’AGEPI. Les cotisations ont baissé, les charges sont restées lourdes, et maintenir un siège fonctionnel a été un combat permanent. Mais je peux le dire ici, les yeux dans les yeux : chaque franc a été géré avec responsabilité, transparence et honnêteté. Il n’y a eu ni opacité, ni gestion personnelle, ni compromis avec l’éthique.>>
Un message fort, qui vise autant à défendre son bilan qu’à poser des bases éthiques pour l’avenir.
Au-delà des chiffres et des activités, ce mandat a été pour Aminata Camara une expérience humaine et personnelle profonde. Elle évoque un apprentissage fait d’écoute, de résilience et parfois de renoncements.
<<Ce mandat m’a beaucoup appris. Il m’a appris que diriger, ce n’est pas seulement décider, c’est aussi écouter, encaisser, pardonner parfois, et avancer malgré tout. Il m’a appris que l’unité n’est jamais acquise, qu’elle se construit chaque jour. Il m’a appris que le leadership se mesure aussi à la capacité de rester debout quand tout vacille.>>
Une réflexion qui dépasse le cadre de l’AGEPI pour interroger plus largement les conditions de leadership dans les organisations professionnelles guinéennes.
Dans la dernière partie de son discours, la présidente sortante a lancé un appel solennel à l’unité, s’adressant directement aux futurs dirigeants et à l’ensemble des membres.

<<Si je devais retenir une seule chose de ces trois années, ce serait celle-ci : l’AGEPI a survécu parce que certains ont refusé d’abandonner. À celles et ceux qui prendront le relais, je veux dire ceci, avec sincérité : l’AGEPI a besoin de vous tous. Elle a besoin d’unité, de dialogue, de dépassement de soi. Elle a besoin que les intérêts personnels s’effacent devant l’intérêt collectif. Cette association ne sera forte que si nous acceptons de nous retrouver, de nous réconcilier et de travailler ensemble.>>
Aminata Camara quitte la présidence avec émotion, mais aussi avec la conviction d’avoir agi avec honnêteté et loyauté envers la profession.
<<Aujourd’hui, je quitte la présidence de l’AGEPI avec émotion, mais sans regret. J’ai servi avec honnêteté, avec engagement et avec amour pour cette profession qui est la nôtre. Je pars avec la certitude d’avoir fait de mon mieux, dans un contexte difficile, pour préserver l’essentiel. Que l’AGEPI continue de vivre. Qu’elle retrouve sa force, son unité et son influence. Et que la presse indépendante guinéenne reste debout, libre et responsable.>>
Au terme de ce congrès, l’AGEPI entre dans une nouvelle phase de son histoire. Le nouveau bureau hérite d’une association fragilisée mais debout, portée par un héritage fait de résistance, d’éthique et de fidélité à l’idéal d’une presse indépendante.
Le nom d’Aminata Camara restera associé à une période où l’enjeu n’était pas de briller, mais de survivre, de maintenir le lien et de préserver l’essence même de l’engagement journalistique en Guinée.

À l’issue du congrès électif de l’Association Guinéenne des Éditeurs de la Presse Indépendante (AGEPI), tenu dans un climat apaisé et empreint de responsabilité, Aboubacar Soumah, éditeur du journal « Le Renard », a été élu président de l’organisation pour un mandat de trois (3) ans.
Source:ledenonciateur224.com






