Selon la banque allemande, le passage de la Chine du statut de « client » à celui « d’investisseur » exige des pays africains un cadre plus stable pour attirer le capital privé.

La Chine a fortement réduit ses prêts aux pays africains ces dernières années, marquant un changement structurel dans son rôle de principal bailleur d’infrastructures sur le continent, selon une analyse publiée par la banque publique allemande KfW Development Bank. Dans une note de recherche de sa série Development in brief, l’institution indique que les nouveaux engagements de prêts chinois en Afrique sont tombés à seulement 2,1 milliards de dollars en 2024, contre un pic de 28,8 milliards de dollars en 2016. 

Cette contraction de plus de 90 pour cent par rapport à 2016 reflète un tournant stratégique de la Chine qui s’éloigne progressivement du financement massif de grands projets d’infrastructures – routes, chemins de fer ou barrages – qui avaient marqué sa présence économique en Afrique au cours des deux dernières décennies.

Le recul pourrait créer un déficit dans le financement des infrastructures africaines

Selon la KfW, ce recul pourrait créer un déficit dans le financement des infrastructures africaines, alors même que les besoins du continent restent considérable. L’institution estime que cette évolution pourrait encourager les gouvernements africains à renforcer la transparence budgétaire et à attirer davantage d’investissements privés et multilatéraux. D’après le rapport, la prudence accrue des institutions financières chinoises s’explique en partie par la hausse des risques de défaut de paiement dans plusieurs économies africaines lourdement endettées. Des pays comme la Zambie ou le Ghana ont récemment fait face à de graves crises de la dette.

Les financements chinois tendent à se concentrer sur un nombre plus restreint de pays africains jugés moins risqués. En 2024, l’ensemble des prêts s’est limité à cinq pays, l’Angola en absorbant à lui seul près de 70 pour cent (1,45 milliard). Dans ce contexte, les prêteurs chinois privilégient désormais des projets de taille plus modeste, jugés plus résilients et plus viables sur le plan financier, notamment dans les secteurs de l’énergie, de l’approvisionnement en eau ou de la gestion des déchets.

Le rapport souligne également une évolution vers des formes de financement plus commerciales, comprenant davantage d’investissements directs, de partenariats avec le secteur privé et, dans certains cas, des prêts libellés en yuan.

Avec dpa-news