C’est une baisse marquante : les entrées illégales aux frontières de l’Union européenne ont chuté de plus d’un quart l’an dernier. Selon les chiffres de Frontex, l’agence européenne chargée des frontières, c’est le niveau le plus bas depuis plusieurs années.

Quelque 178 000 personnes ont tenté de franchir illégalement les frontières de l’Union européenne (UE) en 2025. Elles étaient 240 000 en 2024. Il s’agit d’une baisse importante.

Comment expliquer ce phénomène ? « Cela démontre que la coopération entre États membres, la coopération entre Frontex et les pays de l’UE, ainsi qu’avec des pays hors UE, comme ceux des Balkans occidentaux, est véritablement efficace, explique Krzysztof Borowski, porte-parole de Frontex, au micro de Julien Chavanne, du service international de RFI. Nous constatons que la lutte contre les réseaux de passeurs, contre les criminels qui embarquent des personnes sur des bateaux de fortune et mettent leur vie en danger, porte ses fruits. Si nous et nos partenaires hors de l’UE unissons nos efforts pour démanteler ces réseaux, nous obtenons de réels résultats. »

Pour le commissaire aux Affaires intérieures et à la migration, c’est la preuve que les contrôles sont plus efficaces. Et selon ses mots, « cela signifie que moins de personnes sont victimes de trafic, moins sont victimes d’abus et moins de vies sont mises en danger ».

Les passeurs s’adaptent

Frontex et l’exécutif européen se félicitent de cette baisse des entrées illégales. Mais du côté des associations d’aide aux migrants, le fait que l’Union européenne sous-traite le contrôle des migrants aggrave encore les risques.

« Si l’on observe les conditions des migrants qui sont retenus dans ces pays, au nom de cette collaboration, elles sont dramatiques, constate Sara Prestianni, directrice de plaidoyer d’EuroMed-Droits. Des milliers de personnes qui sont enfermées dans des prisons libyennes, des traitements inhumains et dégradants, des violations systématiques des (droits des) migrants, notamment leur refoulement de la Tunisie vers la Libye ou encore l’Algérie. Derrière ces chiffres se cache un renforcement de la politique d’externalisation qui, de facto, ne fait qu’augmenter les violations des droits des migrants et réfugiés. »

Dans le détail, les voies maritimes dans la Manche entre la France et le Royaume-Uni et celle en Méditerranée restent les plus importantes. La route ouest-africaine et celle dans les Balkans occidentaux sont moins empruntées. Mais il faut garder en tête que les passeurs s’adaptent et changent d’itinéraires quand ils le peuvent.

Une politique migratoire poussée par la droite et l’extrême droite

Ces chiffres vont dans le sens de la politique migratoire engagée par l’Union européenne, à savoir fermer davantage les frontières et accélérer les expulsions. Voilà comment on peut résumer cette politique, poussée par la droite et l’extrême droite.

Ces chiffres sont donc une bonne nouvelle pour l’exécutif européen. Le rapport de Frontex est considéré comme un indicateur clé pour mesurer l’impact de sa politique migratoire. Les conséquences pour les migrants passent après. Sans compter les nouvelles mesures qui doivent entrer en vigueur en juin : c’est le fameux Pacte européen sur la migration et l’asile qui prévoit notamment l’ouverture de centres en dehors des frontières de l’UE.

Moins d’entrées illégales l’an dernier mais toujours des victimes. Pour rappel, les migrants risquent leurs vies pour atteindre l’Europe. L’an dernier, au moins 1 878 personnes sont mortes en Méditerranée, un bilan là encore en baisse, mais toujours aussi dramatique.

Les ONG rappellent que les raisons de ces départs n’ont pas changé : la majorité des migrants fuient les guerres, les conflits et les régimes autoritaires.

 

Avec RFI