Alors que l’Assemblée nationale de Madagascar a voté mardi la destitution du président Andry Rajoelina, qui avait diffusé un décret de dissolution de l’Assemblée quelques heures plus tôt, l’unité militaire ralliée à la contestation de la Gen Z a dit « prendre le pouvoir ».
L’unité militaire ralliée à la contestation de la Gen Z a dit « prendre le pouvoir », mardi 14 octobre, après que l’Assemblée nationale de Madagascar a voté la destitution du président Andry Rajoelina. Ce dernier avait diffusé un décret de dissolution de l’Assemblée quelques heures plus tôt.
« On va prendre le pouvoir à partir d’aujourd’hui et on dissout le Sénat et la Haute cour constitutionnelle. L’Assemblée nationale, on la laisse continuer à travailler », a indiqué le colonel Michael Randrianirina devant le palais présidentiel, dans le centre de la capitale malgache. Contesté dans la rue et reclus dans un lieu inconnu, Andry Rajoelina, qui avait dissous un peu plus tôt mardi l’Assemblée, a dénoncé durant le vote le destituant une « réunion […] dépourvue de toute base légale ».
Au total 130 des 163 députés, soit plus de la majorité des deux tiers requise, ont voté en faveur de la destitution du chef de l’État, qui doit encore être formellement déclarée par la Haute cour constitutionnelle.
« Conformément aux dispositions de l’article 60 de la Constitution, l’Assemblée nationale est dissoute », indiquait plus tôt un décret diffusé sur la page Facebook de la présidence, dont l’authenticité a été confirmée à l’AFP par l’entourage du président.
« Ce choix s’impose pour rétablir l’ordre au sein de notre nation et renforcer la démocratie », avait-il justifié dans un message sur les réseaux sociaux dans la foulée.
Fragilisé par le ralliement ce weekend des militaires à la contestation ayant embrasé le pays et désormais réfugié dans un lieu inconnu, le chef de l’État avait écarté lundi toute démission en appelant à « respecter la Constitution » lors de sa première apparition à l’écran depuis ce revirement.
Élu en 2018, puis réélu en 2023 pour un mandat de cinq ans lors d’un scrutin boycotté par l’opposition, Andry Rajoelina était sous la menace d’un vote le visant pour « empêchement temporaire » qui nécessitait la majorité des deux tiers de l’Assemblée nationale.
Des députés de l’opposition assuraient avoir collecté suffisamment de signatures pour procéder au vote lors d’une session extraordinaire mardi qu’ils justifient par une vacance du pouvoir, le chef de l’État ayant selon la radio française RFI quitté le pays dimanche à bord d’un avion militaire français.
Des pancartes anti-françaises dans les cortèges
Ce week-end, une unité militaire, le Capsat, qui avait joué un rôle majeur dans le coup d’État de 2009 ayant porté au pouvoir Andry Rajoelina à la suite, déjà, d’une mobilisation populaire, a appelé les forces de sécurité à « refuser de tirer » sur les manifestants, avant de rejoindre ces derniers dans le centre de la capitale.
La plupart des forces armées lui ont emboîté le pas depuis et ont renouvelé leur chaîne de commandement, y compris la gendarmerie, auparavant en première ligne de la répression des manifestations. Au moins 22 personnes ont été tuées au début des manifestations et plus d’une centaine ont été blessées, d’après un bilan des Nations unies.
D’après la Constitution, les élections législatives doivent se tenir « soixante jours au moins et quatre-vingt-dix jours au plus après le prononcé de la dissolution ».
L’incertitude gagne encore plus cette île très pauvre de l’océan Indien où des milliers de manifestants se sont encore rassemblés mardi à Antananarivo.
Comme depuis le 25 septembre, il s’agit de jeunes mobilisés par le collectif Gen Z, désormais joints par des fonctionnaires appelés à la grève par plusieurs syndicats. Les pancartes anti-françaises ont aussi fleuri, a constaté une équipe de l’AFP dans la capitale malgache. « Dégage la France », « Dégage Rajoelina et Macron », pouvait-on y lire.
« Je ne confirme rien aujourd’hui », avait répondu le président français Emmanuel Macron la veille à une question sur l’exfiltration d’Andry Rajoelina.
Avec AFP






