Les ​prix du pétrole se sont envolés lundi, s’approchant brièvement du seuil des 120 dollars dans les échanges asiatiques. Les marchés s’inquiètent de la réduction de la production des pays du Golfe, du ciblage d’infrastructures pétrolières par les belligérants et du blocage du détroit d’Ormuz.

L’envolée est historique. Le baril de pétrole a flambé, lundi 9 mars, de 30 % en quelques heures et tutoyé brièvement les 120 dollars, dans un marché paniqué par la prolongation du conflit au Moyen-Orient, le blocage du détroit d’Ormuz et les dommages aux infrastructures énergétiques.

Vers 8 h 25 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, grimpait de 16,18 % à 107,69 dollars, peu après avoir flambé de plus de 28 %. Le baril de WTI, référence du marché américain, s’envolait de 14,02 %, à 103,64 dollars, après avoir brièvement bondi de plus de 31 %.

Depuis le début de l’offensive américano-israélienne contre l’Iran, le WTI s’est apprécié de quelque 60 %, du jamais-vu sur une période aussi courte.

Même l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, qui avait vu le baril grimper jusqu’à 130,50 dollars début mars 2022, n’avait pas provoqué de mouvements aussi violents.

Côté gaz naturel, la référence européenne, le TTF néerlandais, grimpait de 13,49 % vers 8 h 25 GMT, à 60,58 euros le mégawattheure, après avoir flambé de 30 % à l’ouverture.

Un « tout petit prix à payer », selon Trump

Au dixième jour du conflit, les marchés de l’énergie restent suspendus aux développements au Moyen-Orient, où le détroit d’Ormuz, par lequel transite environ 20 % de l’offre mondiale de pétrole et de gaz naturel liquéfié (GNL), reste quasi paralysé.

Alors que la flambée sans précédent des cours pénalise déjà les consommateurs américains, Donald Trump a rapidement réagi sur son réseau Truth Social, déclarant que ce coup de chaud était un « tout petit prix à payer pour la paix et la sécurité des États-Unis et du monde ».

Certes, vendredi, l’Agence américaine de développement DFC a annoncé la mise en place d’un mécanisme de réassurance pour faciliter la couverture des risques liés au passage du détroit d’Ormuz, jusqu’à 20 milliards de dollars.

Les États-Unis collaborent actuellement avec des armateurs souhaitant faire sortir leurs tankers du golfe Arabo-Persique, a insisté dimanche le ministre américain de l’Énergie, Chris Wright. « Dans les premiers temps, ces navires seront probablement sous protection militaire américaine », a-t-il ajouté, prévoyant un retour du trafic à la normale « dans un avenir relativement proche ».

Mais ces signaux n’ont pas suffi à rassurer : par peur d’attaques, la circulation reste quasi paralysée dans le détroit – des informations de presse mentionnant seulement le passage de quelques navires s’identifiant comme chinois.

« Les perturbations de l’approvisionnement s’intensifient, les données de suivi des navires confirmant l’arrêt du trafic maritime », observe Lloyd Chan, de la banque MUFG, qui parle de « choc pétrolier ».

Installations de stockage et gisements visés

Surtout, l’extension du conflit exacerbe les inquiétudes sur la production d’hydrocarbures. L’Arabie saoudite a notamment encore intercepté lundi plusieurs drones qui se dirigeaient vers le gisement de pétrole de Shaybah, dans le sud-est du pays, déjà attaqué la veille.

« Les Émirats arabes unis, le Koweït et l’Irak ont réduit leur production de pétrole, l’Irak annonçant une baisse d’environ trois millions de barils/jour », souligne Lloyd Chan. Par ailleurs, « les frappes israéliennes ciblant des installations de stockage de carburant clés en Iran renforcent les risques ».

Les marchés dans le rouge

« Dans ces conditions, la question du retour des pressions inflationnistes et de leurs conséquences économiques s’impose à nouveau comme l’un des principaux sujets d’inquiétude pour les investisseurs », explique John Plassard, responsable de la stratégie d’investissement chez Cité Gestion Private Bank, les pays européens important massivement leurs hydrocarbures.

Sur les marchés actions européens très sensibles aux coûts de l’énergie, la Bourse de Paris perdait 2,54 % dans les premiers échanges, Francfort 2,40 % et Milan 2,19 %.

Londres (-1,65 %) résistait un peu mieux « grâce aux gains des grandes compagnies pétrolières » représentées dans l’indice, souligne Kathleen Brooks.

À Tokyo, l’indice vedette Nikkei a terminé en repli de 5,19 %, tandis qu’à Séoul, l’indice Kospi a fini en chute de 5,96 %.

L’Asie est également très exposée, la Corée du Sud étant le quatrième plus gros importateur de brut, suivie du Japon, et l’économie coréenne reposant sur une industrie tech très énergivore.

« Le Japon et la Corée sont des moteurs industriels géants qui fonctionnent au pétrole importé. Lorsque le prix du brut flambe, il se répercute directement sur les entreprises : les coûts des intrants explosent, les anticipations d’inflation grimpent », note Stephen Innes, de SPI Asset Management.

Des signes de tensions apparaissent : la Chine a demandé la semaine dernière à ses principaux raffineurs de suspendre leurs exportations de gazole et d’essence, selon Bloomberg. Et la presse nippone indique que Tokyo réfléchit à ouvrir ses réserves pétrolières stratégiques.

Les craintes d’une nouvelle vague inflationniste font grimper les taux d’intérêt des dettes d’État.

Le rendement de l’emprunt français à échéance dix ans évoluait à 3,60 % vers 8 h 25 GMT contre 3,51 % vendredi à la clôture, une forte variation pour ce marché. Son équivalent britannique s’établissait à 4,76 % contre 4,63 % vendredi, et l’italien à 3,73 % contre 3,62 %.

Les États-Unis pourraient élargir la levée temporaire des sanctions sur le pétrole russe pour soulager le marché, après avoir accordé une première autorisation à l’Inde, jeudi.

Les ministres des Finances du G7 doivent par ailleurs se réunir en visioconférence lundi, et selon le Financial Times, ils pourraient discuter d’un possible recours coordonné à leurs réserves pétrolières stratégiques respectives. L’information contribuait à la modération de l’envolée du brut en fin d’échanges asiatiques.

 

Avec AFP