« L’honnêteté est la sagesse d’un homme. Les malintentionnés chercheront toujours à la remettre en cause. »

Il y a des sujets qui méritent qu’on prenne un peu de hauteur avant de les commenter. Le congé du Président de la République en fait partie.

Le Général Mamadi Doumbouya a décidé de prendre quelques jours de repos. Une décision qui, en elle-même, n’a rien d’extraordinaire. Pourtant, elle a suffi à provoquer des commentaires, des interrogations et parfois même des procès d’intention.

Je me demande alors ce que nous voulons réellement reprocher au Président. Le fait de prendre des vacances ? Le fait de les annoncer ? Ou le fait d’avoir choisi d’en informer publiquement ses compatriotes ?

Car c’est bien cela qui mérite d’être souligné. Le Président n’a pas cherché à cacher son déplacement. Il a informé la population, les représentations diplomatiques et les différentes composantes de la société. Il a communiqué sur son absence.

Dans un contexte où la transparence est régulièrement réclamée aux responsables publics, cette démarche devrait plutôt être considérée comme normale.

Il existe d’ailleurs une question juridique qui mérite d’être posée : nos textes fondamentaux encadrent-ils de manière précise les congés d’un chef de l’État ? La réponse n’est pas toujours évidente. Mais au-delà de cette question, il faut revenir au bon sens. Un Président est aussi un homme. Il travaille, il porte des responsabilités lourdes et il a besoin, comme tout le monde, de quelques jours de repos.

Pourquoi faudrait-il donc voir un problème là où il n’y en a pas nécessairement ?

Ce qui me préoccupe davantage, c’est notre rapport à la communication publique. Sommes-nous prêts à accepter une communication honnête, même lorsqu’elle donne matière à certains de critiquer ? Ou préférons-nous que les responsables publics gardent le silence pour éviter toute polémique ?

Pour ma part, je préfère savoir où se trouve mon Président plutôt que de l’apprendre par des rumeurs.

La Guinée n’est pas un pays sans histoire. Nous venons de loin. Notre histoire est faite d’hommes et de femmes qui ont refusé la soumission et qui ont défendu la liberté de leur peuple. De l’Almamy Samory Touré à Alpha Yaya Diallo, en passant par Bocar Biro Barry, notre pays a connu des figures qui ont payé cher leur attachement à la dignité et à la souveraineté.

Cette histoire doit nous servir aujourd’hui.

Nous devons vouloir une Guinée souveraine, libre, stable et capable de décider de son avenir. Une Guinée où la critique existe, bien sûr, mais où la critique ne devient pas automatiquement une accusation.

C’est aussi dans cet esprit que je regarde l’action du Général Mamadi Doumbouya.

Tout n’est certainement pas parfait. Aucun gouvernement ne peut prétendre à la perfection. Mais cela ne doit pas nous empêcher de regarder ce qui se fait. Des chantiers sont engagés, des projets avancent et des transformations sont visibles dans plusieurs parties du pays. Conakry elle-même connaît des changements qui méritent d’être observés avec attention.

Le bilan d’un Président doit évidemment être jugé sur les résultats. C’est la meilleure manière de faire. Mais il faut également éviter de transformer chaque décision personnelle en affaire d’État.

Un Président n’est pas une machine.

Il a droit au repos. Il a droit à quelques jours de recul. Et pendant ce temps, l’État continue de fonctionner. Les administrations travaillent, les institutions restent en place et les affaires publiques suivent leur cours.

Nous devons aussi apprendre à distinguer les choses. Il y a les serviteurs de l’État. Il y a ceux qui servent la nation. Il y a ceux qui travaillent au quotidien pour la population. Et puis il y a, dans toute société, des personnes qui contestent tout, parfois par conviction, parfois par calcul.

La contradiction est nécessaire. Elle permet de corriger les erreurs. Mais lorsqu’elle devient systématique, lorsqu’elle consiste à chercher un problème dans chaque décision, elle finit par perdre son sens.

Notre pays a besoin d’autre chose.

Il a besoin de débats sérieux. Il a besoin de citoyens capables de soutenir lorsqu’une action est bonne et de critiquer lorsqu’elle ne l’est pas. Il a besoin d’une opposition qui propose et d’un pouvoir qui accepte d’entendre.

Nous devons également nous souvenir que les conditions dans lesquelles nous vivons aujourd’hui sont le résultat du travail de plusieurs générations. Beaucoup de Guinéens se sont battus, ont travaillé et ont fait des sacrifices pour que nous puissions bénéficier de ce que nous avons aujourd’hui.

Nous avons donc une responsabilité collective : ne pas détruire par la polémique ce que d’autres ont contribué à construire.

Le Général Mamadi Doumbouya doit être jugé sur son action et sur ses résultats. C’est le principe même de la responsabilité publique. Mais son départ en congé ne devrait pas être transformé en procès politique.

Il est parti se reposer. Enfin, profiter des siens, comme tout homme. Même dans le règne animal, on profite de ses petits. Nous autres, êtres humains, devons aussi savoir profiter des nôtres. La Guinée, elle, continue de vivre sous la clairvoyance de son Président, bien éclairé, le Général Mamadi Doumbouya.

Et peut-être faudrait-il simplement accepter cette réalité.

La transparence ne devrait pas être une faute. L’honnêteté ne devrait pas être une faiblesse.

Dans la conduite des affaires publiques comme dans la vie, la vérité peut parfois déranger. Elle reste pourtant préférable au mensonge.

Quant au repos d’un homme d’État, il ne devrait jamais devenir un crime.

Ibrahima koné