Chine, Russie, Turquie, pays du Golfe : les reconfigurations géopolitiques en cours en Afrique modifient l’environnement sécuritaire du continent, selon un think tank américain.

La concurrence croissante entre puissances étrangères en Afrique risque d’alimenter indirectement l’expansion des groupes jihadistes, même si ceux-ci demeurent avant tout enracinés dans les fragilités locales, estime une analyse publiée par le Lansing Institute, un centre de recherche américain spécialisé dans l’analyse géopolitique, la sécurité internationale et le renseignement. 

Selon son auteur, l’analyste italien Daniele Garofalo, les principales organisations actives sur le continent, notamment le JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), l’ISWAP (Province d’Afrique de l’Ouest de l’État islamique), l’ISCAP (Province d’Afrique centrale de l’État islamique) et les shebab somaliens, sont désormais largement autonomes sur le plan opérationnel.

Leurs capacités reposent essentiellement sur la faiblesse de la gouvernance, les tensions communautaires, les économies illicites et l’absence de l’État dans de vastes territoires, plutôt que sur un contrôle direct exercé depuis l’étranger, souligne l’étude.

Le retrait occidental et l’essor de l’Africa Corps russe

Les organisations jihadistes continuent toutefois de bénéficier d’un soutien extérieur sous de nouvelles formes, notamment par le transfert d’expertise technique, les communications chiffrées, les drones commerciaux, les outils financiers numériques et les campagnes de propagande en ligne, relève le document.

L’analyse estime également que les reconfigurations géopolitiques en Afrique modifient l’environnement sécuritaire. Le retrait progressif de plusieurs forces occidentales du Sahel, les coups d’État militaires et l’arrivée de nouveaux partenaires sécuritaires auraient créé, dans certaines zones, des vides dont les groupes armés ont su tirer profit.

Le rapport cite notamment l’expansion de l’Africa Corps russe, qui a succédé au groupe Wagner dans plusieurs pays du Sahel. Selon son auteur, si cette présence a accru la pression militaire contre certains groupes jihadistes, elle s’est également accompagnée d’accusations d’exactions contre des civils et d’une dégradation de la coopération avec les services de renseignement occidentaux, des facteurs susceptibles d’alimenter le recrutement des insurgés.

Chine, Turquie et Golfe : des approches différenciées

À l’inverse, la Chine privilégie la protection de ses investissements et de ses infrastructures sans s’impliquer directement dans les opérations antiterroristes, tandis que la Turquie et plusieurs États du Golfe renforcent leurs partenariats militaires, politiques ou économiques avec des États africains, remodelant ainsi les équilibres régionaux, selon l’étude.

Daniele Garofalo estime que l’influence étrangère évolue désormais d’un modèle de parrainage hiérarchique vers un soutien en réseau, où les acteurs extérieurs apportent technologies, expertise et appui idéologique, tandis que les groupes locaux conservent leur autonomie tactique.

L’auteur considère enfin que l’Afrique devient progressivement un foyer stratégique du jihadisme mondial, susceptible de former des cadres expérimentés et de soutenir des réseaux transnationaux. Il appelle les pays européens à accorder une priorité accrue à la prévention de cette évolution.

Le Sahel, épicentre de la violence jihadiste mondiale

Depuis une dizaine d’années, le Sahel est devenu l’un des principaux épicentres de la violence jihadiste mondiale. Les affiliés d’Al-Qaïda et du groupe État islamique y ont étendu leur influence malgré les opérations militaires nationales et internationales.

Le retrait des forces françaises, la fin de plusieurs missions occidentales et le repositionnement de partenaires comme la Russie ont profondément transformé le paysage sécuritaire régional, tandis que les organisations internationales alertent régulièrement sur la progression des attaques vers les États côtiers d’Afrique de l’Ouest.