Le rapport « AI Made in Africa: Voices from AI businesses across Africa » s’appuie sur une cartographie de 311 entreprises du continent.

Les entreprises africaines d’intelligence artificielle (IA) placent de plus en plus cette technologie au cœur de leur activité, mais restent confrontées au coût des infrastructures, au manque de données de qualité et à la pénurie de talents, selon un rapport de l’agence allemande de coopération internationale (GIZ). 

Intitulé « AI Made in Africa: Voices from AI businesses across Africa », le rapport s’appuie sur une cartographie de 311 entreprises du continent, complétée par les réponses de 85 d’entre elles à une enquête menée d’avril à juillet 2026 et par des entretiens avec 15 acteurs, dont des entreprises, des organismes de soutien, des investisseurs et des régulateurs.

Selon les auteurs, 75 pour cent des entreprises interrogées considèrent les produits et services fondés sur l’IA comme essentiels à leur modèle économique. La cartographie montre toutefois que la majorité des entreprises intègrent encore l’IA à des services existants, une évolution que les auteurs associent notamment à l’essor des outils d’IA générative depuis 2022.

Financement et clientèle

Présentes dans plus de 35 secteurs, les entreprises recensées ont mobilisé 1,3 milliard de dollars entre 2014 et 2026. Le montant médian des levées de fonds s’établit à 225.000 dollars sur la période 2016-2026.

Le rapport indique que 88 pour cent des entreprises sondées ciblent d’autres entreprises et 44 pour cent les administrations, beaucoup s’adressant à plusieurs catégories de clients afin de diversifier leurs revenus. Les cycles de vente aux gouvernements durent généralement de 12 à 18 mois, selon les auteurs.

Le rapport relève une « asymétrie » entre les coûts supportés par les entreprises et les prix auxquels elles commercialisent leurs services. Quelque 65 pour cent des entreprises interrogées citent le cloud et la puissance de calcul comme leur principal poste de dépenses, devant l’acquisition de données. Dans le même temps, 56 pour cent d’entre elles vendent leurs produits moins de 2.500 dollars par client et par an.

Des infrastructures largement extérieures au continent

L’Afrique représente moins de 1 pour cent de la capacité mondiale des centres de données, alors qu’elle abrite environ 18 pour cent de la population mondiale, selon des données du Microsoft AI Economy Institute citées dans le rapport (2026). Le calcul est donc réalisé en grande partie sur des serveurs situés à l’étranger et facturés en devises étrangères. Ces chiffres sont repris du rapport et n’ont pas été vérifiés indépendamment.

Un tiers des entreprises interrogées citent également le manque de données comme l’un des principaux freins à leur croissance. Elles consacrent notamment du temps à consolider des données publiques, comme celles sur l’usage des sols ou l’imagerie satellitaire, et à combler les lacunes existantes, selon le rapport.

Sur le front des ressources humaines, 54 pour cent des entreprises considèrent les postes de recherche en IA comme les plus difficiles à pourvoir. Le rapport estime entre 1 et 3 pour cent la part de l’Afrique dans les talents mondiaux en IA, en citant Businessday Tech et PwC Africa (2026).

Pour faire face à cette pénurie, 47 pour cent des entreprises ont mis en place des formations internes, en recrutant notamment des ingénieurs juniors pour les former à des fonctions spécialisées. Seules 2 pour cent emploient au moins 250 personnes.

Autres obstacles : confiance, modèles inadaptés et régulation

Les entreprises font également état de difficultés à convaincre leurs clients, auxquelles elles consacrent du temps pour expliquer l’IA, démontrer la fiabilité des outils et répondre au scepticisme.

Le rapport souligne par ailleurs les performances limitées, dans certains contextes africains, de modèles entraînés à l’échelle mondiale, ainsi que la lenteur des procédures d’achat et le recours à des systèmes informatiques anciens. L’incertitude réglementaire, notamment sur la localisation et la protection des données, constitue également un frein, selon les auteurs.

Les entreprises interrogées placent en tête de leurs priorités les subventions à la recherche et au calcul (64 pour cent) ainsi que l’harmonisation transfrontalière des données (49 pour cent). Elles souhaitent également la création de pôles spécialisés offrant un accès aux processeurs graphiques (GPU), à des jeux de données locaux et à une expertise réglementaire.

Les fondateurs réclament par ailleurs des investisseurs « patients » connaissant les contextes locaux, notamment les risques liés aux dévaluations monétaires. Selon le rapport, les investisseurs privilégient les entreprises capables de démontrer leur viabilité commerciale, ce qui reste difficile pour nombre de jeunes pousses.

Seules 20 pour cent des entreprises interrogées citent toutefois la hausse du chiffre d’affaires et 11 pour cent la levée de fonds parmi leurs principales priorités de croissance.

Bacs à sable réglementaires et formation

Elles demandent enfin un accès à des experts en réglementation, notamment à travers des « bacs à sable » réglementaires permettant de tester des solutions dans un cadre supervisé par les autorités. Elles souhaitent également un soutien financier à la formation afin de retenir les talents localement.

L’Union africaine (UA) a adopté en juillet 2024 une stratégie continentale sur l’IA. Celle-ci prône une approche « centrée sur l’Afrique » et appelle les Etats membres à harmoniser leurs politiques nationales.

 

Avec dpa-news