Ces chiffres figurent dans le rapport officiel du gouvernement fédéral sur les exportations de « Rüstungsgüter » (matériels conventionnels de défense), récemment transmis au Bundestag.
Le document détaille les autorisations accordées par Berlin et illustre une politique d’exportation qui se veut particulièrement restrictive à l’égard des pays tiers, avec une prise en compte de la situation des droits humains et des enjeux de sécurité régionale.
L’Afrique du Nord en tête des acquisitions
Selon les statistiques détaillées des autorisations individuelles (« Einzelgenehmigungen »), l’Égypte demeure le principal bénéficiaire des licences d’exportation allemandes en Afrique, avec 105,55 millions d’euros répartis sur 20 autorisations. Ces exportations concernent notamment des composants destinés à des obusiers blindés (« Panzerhaubitzen »), ainsi que des systèmes de protection balistique destinés à assurer la sécurité de l’ambassade d’Allemagne.
L’Algérie arrive en deuxième position, avec 53,37 millions d’euros d’autorisations, principalement pour des camions militaires (« militärische LKW »).
Le Maroc complète le podium avec 19,27 millions d’euros, répartis sur 26 autorisations. Il s’agit principalement de pièces destinées à des systèmes de visée thermique, de télémétrie laser et de conduite de tir.
Des autorisations significatives pour la Mauritanie
Parmi les autres pays africains ayant bénéficié d’autorisations significatives figurent la Mauritanie, avec 8,35 millions d’euros pour des équipements d’imagerie infrarouge et thermique, et l’Afrique du Sud, avec 8,72 millions d’euros, principalement pour des armes légères destinées au sport et à la chasse ainsi que leurs munitions. L’Angola a obtenu pour sa part des autorisations à hauteur de 5,65 millions d’euros, notamment pour des systèmes de navigation et de communication.
L’Allemagne a également autorisé des exportations, pour des montants beaucoup plus modestes, vers des pays soumis à des embargos sur les armes. C’est notamment le cas de la Somalie, avec 489.870 euros pour des véhicules tout-terrain blindés, de la République démocratique du Congo (RDC), avec 385.652 euros pour des véhicules blindés destinés au transport de fonds bancaires, et du Soudan du Sud, avec 13.780 euros pour du matériel de protection blindé.
Ces autorisations dérogatoires répondent notamment à des besoins de protection des personnels diplomatiques, des organisations non gouvernementales (ONG) ou des missions de maintien de la paix des Nations unies.
L’Afrique ne constitue que 1,6 pour cent des autorisations d’exportation
Avec 212,58 millions d’euros, l’Afrique n’a représenté en 2025 qu’environ 1,6 pour cent des 13,29 milliards d’euros d’autorisations d’exportation d’armements accordées par l’Allemagne. Près de 65 % de ce montant ont bénéficié à l’Union européenne (UE), à l’Otan et à leurs partenaires. L’Ukraine arrive en tête des bénéficiaires avec 2,27 milliards d’euros.
À l’échelle mondiale, l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) classe l’Allemagne au quatrième rang des exportateurs d’armes sur la période 2021-2025, avec 5,7 poure cent des exportations mondiales, derrière les États-Unis, la France et la Russie.
Des contrôles renforcés contre les détournements
Dans le cadre de ses lignes directrices en matière d’exportation d’armes, l’Allemagne applique par ailleurs des restrictions particulièrement strictes aux transferts d’armes légères (« Kleinwaffen ») vers les pays tiers. La création de capacités de production locales ou le transfert de technologies correspondantes sont notamment interdits en principe.
Berlin a également mis en place des « contrôles post-expédition » (« Post-Shipment-Kontrollen »), qui permettent de vérifier l’utilisation des équipements après leur livraison.
Ces contrôles sur site, réalisés notamment par l’Office fédéral de l’économie et du contrôle des exportations (BAFA) et les représentations diplomatiques allemandes, visent à vérifier que les armes légères livrées ne sont ni détournées ni transférées à des acteurs non autorisés, notamment à des groupes rebelles ou terroristes.
Avec dpa-news







