La Guinée veut accélérer la cadence dans le numérique. À la tête du ministère de la Communication, de l’Économie numérique et de l’Innovation, Mourana Soumah hérite de plusieurs dossiers brûlants, désenclaver le pays du réseau mondial, pousser la fibre au-delà de la capitale et engager la transformation des médias d’État.

​En matière de connectivité internationale, le talon d’Achille de la Guinée reste sa dépendance au câble sous-marin ACE, en service depuis 2014. Une seule grande artère pour tout un pays, le risque de black-out numérique à la moindre panne reste omniprésent. En mai dernier, Conakry a signé son raccordement au câble MEDUSA.

L’enjeu est vital pour garantir une seconde porte d’entrée, sécuriser le réseau et éviter les coupures à répétition qui paralysent l’économie. Le ministère vise désormais trois câbles sous-marins à l’horizon 2029 afin d’assurer la stabilité du réseau.

 

​À l’intérieur du pays, l’objectif est de sortir la connectivité de Conakry. Le réseau de fibre optique doit irriguer les dix capitales régionales et s’enfoncer dans l’arrière-pays.

Sur les 304 collectivités rurales ciblées, 150 attendent leur raccordement pour désenclaver les écoles, les administrations locales et le commerce, une dynamique que le programme Simandou 2040 compte bien exploiter.

​Sur le front de l’information publique, le chantier est tout aussi vaste. Le quotidien national Horoya vient d’être équipé d’une nouvelle imprimerie pour assurer une parution quotidienne régulière. De son côté, la RTG cherche son second souffle face à une concurrence audiovisuelle agressive, tandis que la Radio Rurale conserve son rôle stratégique auprès des populations éloignées.

​Au-delà des équipements, c’est le modèle économique et le statut même de ces entités qui doivent évoluer. Actuellement rattachés aux départements ministériels, ces médias gagneraient à s’organiser comme de véritables entreprises publiques autonomes et financièrement stables. C’est dans cette optique que le ministre Mourana Soumah a reçu une délégation du Groupe Cosmo pour conduire des études stratégiques. Ce cabinet aura pour mission de définir un nouveau modèle économique, un plan d’action et un statut juridique adaptés à la RTG, à Horoya et aux radios rurales pour réussir cette mutation stratégique.

​Cette dynamique s’incarne aussi sur le terrain. À Kaporo, le chantier de la future « Maison des médias publics » avance avec la pose de la première pierre de ce complexe qui rassemblera l’AGP, Horoya, la Radio Rurale et le Fonds d’Appui au Développement des Médias. Ce dispositif est complété par le projet SimandouTV, orienté vers la formation audiovisuelle, tandis que l’AGP poursuit sa modernisation.

En parallèle, la transformation gagne l’administration, avec la plateforme TELEMO, la gestion des marchés publics passe au tout-numérique, garantissant des délais réduits et plus de traçabilité.

​Dans une période où les réformes suscitent parfois des spéculations, il convient de balayer les rumeurs pour s’en tenir aux faits et aux réalisations concrètes. Pour Mourana Soumah, l’étape des spéculations est close et l’heure est désormais à l’exécution, au-delà des bruits de couloir, l’impact de ces transformations sera mesuré sur le terrain par les citoyens et le secteur privé, à l’aune de la vitesse de connexion et de la qualité du service public.

Ibrahima koné, Directeur général du quotidien national Horoya