Une nouvelle ligne ferroviaire traverse le cœur de la ceinture minière africaine. Une opportunité stratégique pour l’Europe, mais aussi une concurrence directe pour la Chine.

Von Kristin Palitza

Cuivre, cobalt, lithium, coltan, nickel, terres rares : une grande partie des minerais indispensables à la transition énergétique mondiale se concentre dans les régions minières de la République démocratique du Congo (RDC), de la Zambie et de l’Angola. Une nouvelle liaison ferroviaire, le corridor de Lobito, doit permettre d’acheminer ces matières premières critiques vers l’Europe de manière plus rapide, plus sûre et moins coûteuse. Au-delà de sa dimension logistique, le projet vise aussi à contenir l’influence croissante de la Chine sur le continent africain. 

En déplacement en Chine fin mai, la ministre allemande de l’Économie, Katherina Reiche (CDU), a plaidé pour un accès fiable aux matières premières critiques et aux terres rares, ainsi que pour des conditions d’accès équitables aux marchés. L’Allemagne demeure fortement dépendante de Pékin pour plusieurs ressources stratégiques. Cette dépendance accroît la vulnérabilité économique du pays, alertent les experts, d’autant que la Chine tend à utiliser sa position dominante comme instrument de pression politique. Dans ce contexte, la diversification des chaînes d’approvisionnement apparaît comme une nécessité stratégique pour l’économie allemande.

Conçu comme la réponse européenne aux Nouvelles Routes de la soie chinoises, le programme d’infrastructures « Global Gateway » de l’Union européenne a fait du corridor de Lobito son projet emblématique. Les États-Unis participent eux aussi massivement au financement.

« Ceux qui s’imposeront dans ce projet pourront sécuriser une part importante des richesses minières africaines », estime l’économiste angolais Benedito Mavo, qui voit dans cette initiative l’un des futurs grands axes mondiaux de transport. De nombreuses entreprises européennes et allemandes sont déjà engagées dans le projet.

Un corridor commercial stratégique

Le corridor de Lobito est déjà entré dans sa phase opérationnelle. La majeure partie de la ligne ferroviaire prévue fonctionne désormais sur près de 1 800 kilomètres, reliant Kolwezi, centre industriel du sud de la RDC, au port atlantique angolais de Lobito.
La concession est exploitée par le consortium européen « Lobito Atlantic Railway » (LAR), qui réunit le négociant en matières premières Trafigura, l’entreprise de construction Mota-Engil et l’opérateur ferroviaire Vecturis.

Depuis Lobito, la traversée maritime vers l’Europe occidentale ou les États-Unis est relativement courte. Reste toutefois à achever 450 kilomètres de voies ferrées jusqu’au cœur de la ceinture cuprifère zambienne, ou à construire un tracé alternatif de 800 kilomètres reliant directement l’Angola à la Zambie. Ces infrastructures devraient être achevées d’ici 2028.

Selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, l’Afrique abrite environ 30 pour cent des ressources minérales mondiales. La RDC et la Zambie comptent parmi les principaux producteurs mondiaux de cuivre, métal essentiel à la fabrication des panneaux solaires et des éoliennes.

La RDC figure également parmi les premiers producteurs mondiaux de cobalt, indispensable aux batteries des véhicules électriques. L’Angola, en plus de ses importantes réserves pétrolières, dispose lui aussi de gisements de minerais critiques destinés aux technologies de pointe.

La réponse européenne aux Nouvelles Routes de la soie

Au fil des dernières décennies, Pékin a multiplié les investissements en Afrique dans les routes, les ports, les chemins de fer et d’autres infrastructures, consolidant ainsi son accès aux ressources naturelles du continent. La Chine contrôle également un grand nombre de mines et d’unités de transformation de minerais critiques en Afrique.

Longtemps en retrait, les pays occidentaux cherchent aujourd’hui à combler ce retard. Le corridor de Lobito doit permettre à l’Europe et aux États-Unis de disposer d’un axe d’approvisionnement propre et sécurisé en matières premières.

Dans le cadre de « Global Gateway », l’Union européenne et neuf États membres, dont l’Allemagne, prévoient plus de 2 milliards d’euros d’investissements. Les États-Unis ont, de leur côté, déjà annoncé plusieurs centaines de millions de dollars de financements.

Lors d’une visite en Angola en novembre 2025, le président allemand Frank-Walter Steinmeier avait explicitement appelé les entreprises allemandes à investir le long du corridor, soulignant son « immense importance économique ».

L’industrie allemande — automobile, mécanique, chimique — dépend fortement des matières premières critiques. Un corridor de Lobito pleinement opérationnel offrirait aux entreprises allemandes des chaînes logistiques plus directes, plus transparentes et moins exposées aux risques politiques, tout en réduisant leur dépendance à l’égard de la Chine.

Gagner du temps, réduire les coûts et les émissions de CO2

Aujourd’hui encore, les minerais sont principalement acheminés par camion, sur des routes souvent dégradées, vers des ports éloignés.
Les cargaisons transitent soit vers Durban, en Afrique du Sud, au terme d’un trajet de plus de 3 000 kilomètres nécessitant environ quatre semaines, soit vers Dar es-Salaam, en Tanzanie, à quelque 2 200 kilomètres — un parcours plus court mais qui prend malgré tout près de 35 jours.

Intempéries, accidents et délais aux postes-frontières contribuent à rallonger les temps de transport. À l’inverse, la liaison ferroviaire entre Kolwezi et Lobito ne nécessite que sept jours, affirme Nicolas Gregoir, directeur général de LAR. Un gain de temps qui permet également de réduire les coûts logistiques et les émissions de CO2.

Autre avantage mis en avant : la façade atlantique ouest-africaine est moins exposée à la piraterie que les routes maritimes longeant la Corne de l’Afrique, où des attaques contre des navires, notamment au large de la Somalie, continuent d’être signalées.

Le consortium européen a officiellement lancé le transport commercial de marchandises sur la ligne en février 2024. Six mois plus tard, la première cargaison de cuivre en provenance de RDC, destinée aux États-Unis, empruntait déjà le corridor. En mai 2026, un premier transport de cobalt a suivi.

Selon Nicolas Gregoir, environ 200 000 tonnes de fret international ont été transportées en 2025. Un volume encore modeste à l’échelle mondiale, mais en progression constante. L’objectif affiché est d’atteindre un million de tonnes par an.

Le port de Lobito fait également l’objet d’importants travaux de modernisation afin d’absorber des volumes croissants de minerais. Les voies ferrées sont prolongées jusqu’au port sec et aux terminaux de fret. Le bassin portuaire est approfondi pour accueillir les plus grands porte-conteneurs du monde, avec des tirants d’eau pouvant atteindre 17 mètres. Un aéroport international est déjà opérationnel à une quinzaine de minutes du site.

Les entreprises allemandes en première ligne

Le corridor devrait rapidement devenir un hub logistique majeur pour les échanges vers les États-Unis et l’Union européenne, estime Marco Ligeiro, directeur commercial de Hapag-Lloyd en Angola.

L’armateur a déjà transporté du cuivre vers l’Asie et l’Europe via le corridor de Lobito. Selon Egidio Monteiro, directeur de DHL Global Forwarding pour l’Afrique subsaharienne, les clients du groupe manifestent également un intérêt soutenu pour cette nouvelle liaison ferroviaire.

La branche Mobility de Siemens est actuellement candidate à un contrat visant à améliorer la vitesse et la sécurité du corridor. L’entreprise allemande Gauff GmbH a, pour sa part, remporté un marché portant sur la construction d’un tronçon routier de 170 kilomètres entre les villes angolaises de Munhango et Luena, en parallèle du corridor ferroviaire.

 

Avec dpa-news