Mariétou Bah est une femme au courage remarquable. Journaliste de formation, “Nènèen Bah”, comme l’appellent affectueusement ses proches, travaille aujourd’hui au sein d’une ambassade à Conakry. Son attachement au travail bien fait, son talent, ainsi que ses ambitions pour la Guinée, sans oublier son engagement en faveur de la défense des droits des femmes, sont particulièrement admirables. À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, elle a accepté de se confier à nous sans détour. Interview…

 

 

« Je pense sincèrement que les femmes et les hommes ne sont pas faits pour s’opposer, mais pour se compléter. C’est en travaillant ensemble, sans discrimination, qu’on peut construire une société plus juste et équilibrée. »

 

 

 

 

 


Mediaguinee : Que signifie pour vous la Journée internationale des droits des femmes ?

Mariétou Bah : La Journée internationale des droits des femmes ne devrait pas être seulement symbolique. C’est avant tout un moment pour rappeler qu’il reste encore beaucoup à faire, et surtout pour passer à l’action. Il ne suffit pas de parler d’égalité : il faut des résultats concrets. Cela passe par des engagements clairs et des mesures rapides, comme investir dans l’éducation et la santé des femmes, mieux les protéger contre les violences, faciliter leur accès à l’emploi et leur donner une vraie place dans la vie politique. Mais pour que ces engagements ne restent pas des promesses, il est essentiel de fixer des objectifs précis et des échéances. Et surtout, tout le monde doit être impliqué : les pouvoirs publics, les collectivités, mais aussi la société civile. C’est en avançant ensemble qu’on pourra construire des sociétés meilleures.

 

 

Mediaguinee : Vous êtes journaliste de profession, comment êtes-vous arrivée dans ce métier ?

J’ai étudié le journalisme à l’université. À l’époque, j’hésitais beaucoup entre faire du droit ou des lettres modernes. Finalement, je me suis orientée vers les lettres, un peu par hasard, et c’est ce chemin qui m’a ensuite menée vers le journalisme. Je suis restée dans cette voie parce que je me sentais capable de réussir, et, avec le temps, la passion pour ce métier s’est vraiment installée. Aujourd’hui, même si je fais autre chose, cette passion est toujours là, elle ne m’a jamais quittée.

 

 

Mediaguinee : Vous êtes femme, épouse et mère de famille : pensez-vous qu’il existe une réelle égalité entre les femmes et les hommes ?

Une réelle égalité ? Je dirais qu’on n’y est pas encore. Les rôles restent encore très marqués dans nos sociétés. Il est essentiel de garantir l’égalité des chances. Cela permet aux femmes de prendre pleinement leur place et de s’exprimer à tous les niveaux. Je sais que cette question peut susciter des débats, mais je pense sincèrement que les femmes et les hommes ne sont pas faits pour s’opposer, mais pour se compléter. C’est en travaillant ensemble, sans discrimination, qu’on peut construire une société plus juste et équilibrée.

 

 

 « Aujourd’hui encore, beaucoup de femmes font face à des barrières sociales et culturelles qui freinent leur épanouissement. Il est donc essentiel de lever ces pesanteurs en changeant les mentalités et en valorisant davantage la place des femmes dans la société. »

Mediaguinee : Dans le contexte guinéen, quelles solutions ou propositions suggérez-vous pour améliorer les conditions de vie des femmes ?

 

 

Comme je le disais tantôt, la priorité est vraiment de garantir l’égalité des chances entre les femmes et les hommes. Aujourd’hui encore, beaucoup de femmes font face à des barrières sociales et culturelles qui freinent leur épanouissement. Il est donc essentiel de lever ces pesanteurs en changeant les mentalités et en valorisant davantage la place des femmes dans la société.

 

 

« Le respect du quota de 30 % de femmes permettrait d’améliorer le positionnement des femmes dans les instances de prise de décision. »

 

 

Ensuite, il faut insister sur l’autonomisation financière des femmes. Cela passe par un meilleur accès à l’éducation, à la formation professionnelle, mais aussi au financement pour développer des activités génératrices de revenus. Une femme indépendante économiquement est une femme qui peut faire des choix et s’affirmer. Il est également important de renforcer les lois et leur application pour protéger les femmes contre les violences et les discriminations. Mais au-delà des textes, il faut surtout s’assurer qu’ils soient réellement respectés.

Dans le contexte actuel, marqué par l’approche des élections législatives et communales, le respect du quota de 30 % de femmes permettrait d’améliorer le positionnement des femmes dans les instances de prise de décision. Ce serait déjà un grand pas.

Enfin, sensibiliser les communautés reste indispensable. Impliquer les hommes, les leaders locaux et les familles permettrait de créer un environnement plus favorable, où les femmes peuvent pleinement jouer leur rôle dans le développement du pays.

 

« Même en cas d’échec, il faut savoir transformer chaque situation en opportunité d’apprentissage, sans tomber dans la victimisation, mais en restant actrice de son propre parcours et en faisant des choix responsables dans l’usage de son temps et de ses priorités. »

Mediaguinee : Quels conseils donneriez-vous aux filles pour réussir leur avenir et s’affirmer dans la société ?

Pour réussir leur avenir et s’affirmer dans la société, je leur dirais avant tout d’avoir confiance en elles. Croire en ses capacités est la première étape pour oser prendre des initiatives, défendre ses idées et tenir bon face aux difficultés. Il est aussi essentiel de travailler avec sérieux et persévérance, car c’est la clé du succès. Le respect de soi et des autres, ainsi qu’une bonne éducation, doivent également être de mise, car ils constituent des bases importantes pour évoluer positivement dans la société et construire des relations saines. La formation continue joue également un rôle important, car elle permet d’acquérir de nouvelles compétences, de s’adapter aux évolutions du monde et de rester compétitive dans un environnement exigeant. Enfin, même en cas d’échec, il faut savoir transformer chaque situation en opportunité d’apprentissage, sans tomber dans la victimisation, mais en restant actrice de son propre parcours et en faisant des choix responsables dans l’usage de son temps et de ses priorités.

« Sur la question de la polygamie et du mariage coutumier en Guinée, à mon avis, la loi doit être claire et sans ambiguïté afin d’éviter toute confusion et de protéger les droits de chacun. En même temps, il faut tenir compte des réalités socioculturelles du pays… »

Mediaguinee : Beaucoup appellent à la légalisation de la polygamie et du mariage coutumier en Guinée. Quel est votre avis sur cette question ?

Sur la question de la polygamie et du mariage coutumier en Guinée, à mon avis, la loi doit être claire et sans ambiguïté afin d’éviter toute confusion et de protéger les droits de chacun. En même temps, il faut tenir compte des réalités socioculturelles du pays, où ces pratiques sont encore présentes dans certaines communautés et fortement liées aux traditions. Dans ce contexte, il pourrait être pertinent de laisser une certaine latitude aux individus dans leurs choix personnels, tout en encadrant ces pratiques par des règles précises qui respectent l’égalité, la dignité et la justice pour tous, surtout pour les enfants.

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